🚗 Zone bleue à Pontarlier : le grand traumatisme des 300 mètres à pied

Zone bleue à Pontarlier, piétonnisation et stationnement : faut-il vraiment pouvoir garer sa voiture toute la journée devant les commerces ?

Pontarlier (Vroomerland-du-Haut) – La zone bleue à Pontarlier va s’étendre, une partie du centre-ville est désormais piétonne et, à lire certaines réactions, le commerce local serait donc promis à une mort certaine. Pourtant, la future réglementation permettra toujours de stationner gratuitement deux ou quatre heures, le covoiturage disposera de Pourny et la fameuse piétonnisation représente quelques centaines de mètres. Reste une question : jusqu’à quelle distance peut-on raisonnablement demander à un Pontissalien de marcher après avoir garé sa voiture ?

La Ville de Pontarlier prépare pour janvier 2027 une nouvelle organisation du stationnement en centre-ville. Deux durées sont prévues : deux heures dans l’hypercentre et quatre heures dans le proche centre-ville.

Le stationnement restera gratuit.

Et c’est là que commence le drame.

🚙 Zone bleue à Pontarlier : des places où les voitures devront parfois partir

Le principe d’une zone bleue est pourtant d’une simplicité qui devrait permettre de terminer cet article assez rapidement.

Vous arrivez. Vous vous garez. Vous faites ce que vous avez à faire. Puis vous repartez.

Ainsi, quelqu’un d’autre peut se garer. Révolutionnaire.

La nouvelle organisation vise notamment un phénomène bien connu dans le Haut-Doubs : la voiture laissée toute la journée à Pontarlier pendant que son propriétaire poursuit sa route en covoiturage, notamment vers la Suisse.

Pour ces véhicules, la Ville désigne désormais clairement l’esplanade Pourny comme parking de covoiturage. Les places du centre, elles, sont destinées à tourner.

Ce qui permet d’assister à une curieuse défense du petit commerce : expliquer qu’une limitation du stationnement à deux ou quatre heures va vider le centre-ville de ses clients.

Car, pour acheter une paire de chaussures, boire un café, aller chez le coiffeur ou récupérer une commande, quatre heures peuvent effectivement sembler un délai assez serré.

À condition probablement d’avoir pris rendez-vous chez le coiffeur à Vesoul.

Et sur ce point, Gisèle a quelques kilomètres au compteur. Des années derrière le comptoir d’un tabac-presse à Morteau lui ont appris une chose assez simple : pour un commerce de centre-ville, une bonne place de stationnement est une place qui se libère.

Le client qui s’arrête dix minutes pour acheter son journal, ses cigarettes, récupérer un colis ou jouer son Loto a besoin de pouvoir se garer près du commerce. Il n’a en revanche aucun intérêt à ce que la même voiture occupe cette place depuis 7 h 15 parce que son propriétaire est parti travailler pour la journée.

« Une voiture garée toute la journée devant la boutique, ce n’est pas un client. C’est juste une voiture. »

Voilà qui devrait pouvoir tenir dans un programme municipal.

Zone bleue à Pontarlier, piétonnisation et stationnement : faut-il vraiment pouvoir garer sa voiture toute la journée devant les commerces ?

Autrement dit, pour défendre le commerce, certains réclament exactement le système qui permet à une même automobile de monopoliser une place devant les commerces sans que son propriétaire n’y mette les pieds.

C’est audacieux.

🛍️ Le petit commerce serait donc sauvé par les voitures qui ne bougent pas

On connaît la musique. Moins de voitures devant les vitrines égale moins de clients.

Sauf qu’une place de stationnement n’est pas très utile à un commerce parce qu’une voiture est posée dessus. Elle devient utile lorsque plusieurs clients peuvent successivement l’utiliser. C’est même précisément le principe de la rotation du stationnement.

Deux heures en hypercentre, quatre heures un peu plus loin : il devrait rester matériellement possible d’acheter une baguette avant expiration du disque.

La Ville prévoit par ailleurs un macaron pour les résidents et les personnes travaillant dans le centre-ville, leur permettant de rester sans limitation de durée dans les secteurs concernés par la zone de quatre heures.

La catastrophe automobile reste donc, à ce stade, relativement contenue.

Mais il existe tout de même un cas plus intéressant.

🎬 Deux films à l’Olympia : là, oui, il y a un sujet

Le parking du cinéma Olympia, qui n’était initialement pas destiné à passer en zone bleue, devrait finalement lui aussi être concerné.

Et là, reconnaissons-le : l’objection du spectateur qui souhaite regarder deux films successivement n’est pas complètement idiote.

L’Olympia organise effectivement ce genre de soirées. Le 4 septembre dernier, par exemple, il proposait une première projection à 18 h 30 puis une seconde à 20 h 55, avec possibilité d’assister aux deux. L’événement était annoncé jusqu’à 23 h.

Quatre heures de zone bleue peuvent donc devenir un problème. Pas pour le spectateur qui vient voir un film : pour celui qui en regarde deux.

« Une voiture garée toute la journée devant la boutique, ce n’est pas un client. C’est juste une voiture. »

Gisèle du Tabac-Presse

Voilà enfin une victime identifiable.

On peut sans doute imaginer une solution pour ces soirées particulières : une dérogation, un autre parking conseillé par le cinéma ou simplement une organisation adaptée aux événements dépassant quatre heures.

Cela paraît légèrement plus raisonnable que de conserver toute l’année un parking sans limite de durée parce qu’un cinéphile pourrait, trois jeudis par an, vouloir enchaîner deux longs-métrages.

Gardons donc l’Olympia dans la colonne « problème à régler ».

Pas dans celle « effondrement annoncé de la civilisation occidentale ».

🚶 Piétonnisation de Pontarlier : l’expédition de la rue de la République

Reste l’autre traumatisme : la piétonnisation.

Depuis le 15 juin, une partie de la rue de la République est interdite à la circulation dans le cadre d’une expérimentation qui doit se poursuivre jusqu’au marché de Noël.

La partie concernée se situe entre la rue de la Gare et la rue de la Halle. Riverains, livraisons, garages et secours font l’objet de dispositifs spécifiques.

Dit autrement : Pontarlier n’a pas été transformée en Amsterdam, on parle de quelques centaines de mètres de centre-ville.

Quelques centaines de mètres que certaines personnes devront éventuellement parcourir à pied après avoir garé leur voiture.

L’Ouest Républicain a conscience de la violence du concept :

  1. Il faudra fermer le véhicule.
  2. Puis s’en éloigner.
  3. À pied.
  4. Parfois même en portant un sac.

On rappellera malgré tout que la fonction d’un centre-ville consiste aussi, assez historiquement, à permettre à des gens de marcher entre plusieurs commerces, terrasses, services et équipements sans devoir déplacer 1,5 tonne de métal entre chaque arrêt.

C’était déjà pratiqué dans certaines civilisations anciennes, notamment vers 2019.

🦶 La voiture reste indispensable, pas nécessairement jusque dans la vitrine

Dans le Haut-Doubs, prétendre que tout le monde peut abandonner sa voiture serait évidemment absurde.

Entre les villages, les horaires de travail, la Suisse, les courses, les enfants et une offre de transports collectifs qui ne permet pas toujours de choisir autre chose, la voiture reste structurellement indispensable pour beaucoup de monde.

Mais indispensable pour venir à Pontarlier ne signifie pas nécessairement indispensable pour parcourir les 300 derniers mètres.

On peut défendre l’automobile sans considérer que toute distance séparant le pare-chocs d’une destination constitue une atteinte aux libertés fondamentales.

Et l’on peut défendre les commerces du centre sans réclamer que leurs places de stationnement soient occupées du matin au soir par des voitures dont les propriétaires sont partis travailler ailleurs.

Reste donc l’hypothèse la plus inquiétante.

Zone bleue à Pontarlier, piétonnisation et stationnement : faut-il vraiment pouvoir garer sa voiture toute la journée devant les commerces ?

À partir de janvier prochain, certains automobilistes pourraient devoir arriver à Pontarlier, trouver une place gratuite, mettre leur disque, fermer leur portière… puis marcher jusqu’à leur destination.

Parfois plusieurs centaines de mètres.

L’Ouest Républicain suivra évidemment cette crise humanitaire.

Paul Emique
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