đŸ„Ÿ RandonnĂ©e : les Français dĂ©couvrent que les traits rouges et blancs ne se peignent pas tout seuls

Randonnée, FFRandonnée, sentiers de randonnée, appel aux dons et baliseurs bénévoles : marcher est gratuit, sauf pour ceux qui balisent.

RandonnĂ©e, sentiers de randonnĂ©e, baliseurs bĂ©nĂ©voles : dans un communiquĂ© du 24 juin 2026, la FFRandonnĂ©e lance sa campagne nationale d’appel aux dons “Je randonne, je donne”. Une nouvelle qui rappelle une vĂ©ritĂ© longtemps dissimulĂ©e aux marcheurs du dimanche : non, les petits traits rouges et blancs ne poussent pas naturellement sur les arbres.

đŸ„Ÿ RandonnĂ©e : le sport prĂ©fĂ©rĂ© des Français, sauf quand il faut le financer

La randonnée est souvent présentée comme le sport le plus simple du monde.

Il suffit de mettre des chaussures, de sortir de chez soi, de respirer un grand coup, puis de dire au bout de vingt minutes que “ça grimpe quand mĂȘme plus que prĂ©vu”. Aucune licence obligatoire, pas de stade, pas de maillot floquĂ©, pas d’arbitre, pas de buvette officielle, sauf si l’on compte le thermos de cafĂ© oubliĂ© dans le coffre.

C’est prĂ©cisĂ©ment ce qui fait son succĂšs. Selon la FFRandonnĂ©e, trente millions de Français arpentent chaque annĂ©e forĂȘts, crĂȘtes, vallĂ©es et littoral. Dans le Haut-Doubs, cela se vĂ©rifie facilement : dĂšs qu’un rayon de soleil apparaĂźt entre deux averses rĂ©glementaires, on voit surgir des promeneurs, des familles, des chiens persuadĂ©s d’ĂȘtre des loups, des retraitĂ©s en pleine forme et quelques visiteurs urbains Ă©quipĂ©s comme s’ils partaient traverser l’Himalaya entre MĂ©tabief et le parking.

Mais derriĂšre cette apparente gratuitĂ© se cache une organisation. Et cette organisation vient de rappeler qu’elle ne fonctionne pas uniquement Ă  l’air pur, aux bonnes intentions et aux photos Instagram de chaussures boueuses.

La FFRandonnĂ©e lance donc “Je randonne, je donne”, une campagne nationale d’appel aux dons destinĂ©e Ă  soutenir le rĂ©seau qui permet aux marcheurs de marcher sans finir dans une sapiniĂšre en appelant leur beau-frĂšre pour demander “tu crois que c’est normal, ce chemin qui devient une pĂąture ?”.

Le baliseur bénévole est une figure trop méconnue.

Maxime comtoise pleine de bon sens

🔮 Les sentiers de randonnĂ©e ne se balisent pas par magie

La fĂ©dĂ©ration explique entretenir et valoriser plus de 226 000 kilomĂštres d’itinĂ©raires en France. Des chemins de Grande RandonnĂ©e aux parcours de proximitĂ©, ces sentiers constituent l’infrastructure invisible d’un sport que tout le monde trouve naturel, prĂ©cisĂ©ment parce que d’autres se chargent de rendre le naturel praticable.

Le balisage, par exemple, est une invention admirable.

Deux traits sur un arbre, et le promeneur retrouve foi en l’humanitĂ©. Une croix mal comprise, et toute une famille peut transformer une boucle de 6 kilomĂštres en expĂ©rience initiatique de 14 kilomĂštres, avec silence conjugal au retour. Une flĂšche absente, et le Parisien qui voulait “juste se reconnecter Ă  la nature” se reconnecte surtout Ă  son forfait 4G pour chercher “comment sortir forĂȘt Haut-Doubs urgent”.

Or ces marques n’apparaissent pas toutes seules. Elles sont posĂ©es, vĂ©rifiĂ©es, repeintes, corrigĂ©es. Les chemins doivent ĂȘtre entretenus, restaurĂ©s aprĂšs les intempĂ©ries, sĂ©curisĂ©s lorsque les passages deviennent dangereux, adaptĂ©s quand la frĂ©quentation augmente ou quand un promeneur dĂ©cide qu’un raccourci personnel vaut mieux que deux siĂšcles de cartographie.

Dans le Haut-Doubs, oĂč un chemin peut passer en quelques minutes de “sympathique promenade familiale” Ă  “sĂ©lection naturelle avec racines humides”, ce travail n’a rien d’accessoire.

🧭 Les baliseurs bĂ©nĂ©voles, ces inconnus qui Ă©vitent les drames Ă  600 mĂštres du parking

La FFRandonnĂ©e rappelle s’appuyer sur prĂšs de 9 500 baliseurs bĂ©nĂ©voles mobilisĂ©s sur l’ensemble du territoire. Ce sont eux, avec les collecteurs de donnĂ©es, auteurs de topoguides, animateurs, formateurs et responsables associatifs, qui permettent aux randonneurs de vivre cette grande illusion moderne : avoir l’impression de partir librement Ă  l’aventure, tout en Ă©tant discrĂštement guidĂ© tous les 180 mĂštres.

Le baliseur bénévole est une figure trop méconnue.

Il ne reçoit pas d’ovation. Il ne traverse pas la ligne d’arrivĂ©e sous les applaudissements. Il ne publie pas forcĂ©ment une story “grosse journĂ©e balisage, merci la team”. Il passe, souvent discrĂštement, avec du matĂ©riel, du temps, de la patience et une tolĂ©rance remarquable envers les humains qui se plaignent du manque d’indications alors qu’ils n’ont pas regardĂ© le dernier panneau.

Randonnée, FFRandonnée, sentiers de randonnée, appel aux dons et baliseurs bénévoles : marcher est gratuit, sauf pour ceux qui balisent.
Les baliseurs du secteur du GR5 entre Pontarlier et la frontiĂšre suisse

Sans lui, la randonnée deviendrait rapidement un sport beaucoup plus conceptuel.

On partirait “faire une boucle”. On reviendrait par une dĂ©partementale, au crĂ©puscule, en jurant que la carte Ă©tait mal faite. On accuserait la commune, l’ONF, la mĂ©tĂ©o, l’Europe, les chasseurs, les vĂ©tĂ©tistes, les frontaliers et Ă©ventuellement le chien, qui avait pourtant parfaitement senti qu’il ne fallait pas tourner Ă  gauche.

Le baliseur ne sauve pas seulement des itinéraires. Il sauve des dimanches.

đŸŒČ Dans le Haut-Doubs, se perdre entre deux sapins reste une tradition encadrĂ©e

Évidemment, dans le Haut-Doubs, on pourrait considĂ©rer que se perdre un peu fait partie de l’expĂ©rience.

AprĂšs tout, il y a toujours un clocher au loin, un tracteur quelque part, ou quelqu’un qui finit par dire : “Vous cherchez le lac ? Ah non, lĂ  vous ĂȘtes complĂštement de l’autre cĂŽtĂ©.” C’est aussi cela, le charme local : transformer une erreur d’orientation en conversation de vingt minutes avec un monsieur qui connaĂźt tous les anciens chemins, mais refuse de donner une indication simple sans passer par 1978.

Reste que la randonnée moderne accueille des publics trÚs variés.

Il y a les habituĂ©s, capables d’identifier une direction Ă  l’odeur du vent. Il y a les familles, qui ont prĂ©vu une petite marche et se retrouvent Ă  nĂ©gocier la paix sociale avec un enfant qui voulait seulement une glace. Il y a les sportifs, les contemplatifs, les seniors, les gens en reprise d’activitĂ©, les groupes d’amis, les propriĂ©taires de chiens, et les visiteurs trĂšs Ă©quipĂ©s qui dĂ©couvrent qu’un bĂąton de marche ne remplace pas une lecture attentive du panneau.

Pour tout ce monde, le balisage est essentiel. Il rend le territoire accessible sans le transformer en parc d’attractions. Il permet de dĂ©couvrir les paysages sans confondre aventure et abandon logistique. Il Ă©vite surtout que chaque sortie devienne un Ă©pisode local intitulĂ© : “Ils Ă©taient partis voir un point de vue, ils ont dĂ©couvert une clĂŽture Ă©lectrique.”

đŸ’¶ L’appel aux dons, ou le moment oĂč la gratuitĂ© dĂ©couvre qu’elle a un coĂ»t

La campagne “Je randonne, je donne” a donc un mĂ©rite : elle remet un prix symbolique sur ce que beaucoup considĂšrent comme gratuit.

La randonnĂ©e ne coĂ»te pas grand-chose au marcheur. Une paire de chaussures, une gourde, parfois un coupe-vent achetĂ© trop cher parce qu’il promettait une respirabilitĂ© “optimisĂ©e”. Mais l’écosystĂšme qui la rend possible, lui, demande du temps, du matĂ©riel, de l’organisation, des bĂ©nĂ©voles, de la formation, de la coordination, des cartes, des outils, des mises Ă  jour et de l’entretien.

La gratuité visible repose donc sur un coût invisible.

C’est souvent le cas dans les territoires. On s’habitue Ă  ce qui fonctionne. Un chemin bien indiquĂ©, une passerelle solide, un panneau lisible, une boucle cohĂ©rente, une trace entretenue : tout cela devient normal. On ne le remarque plus. Jusqu’au jour oĂč le panneau tombe, oĂč la peinture s’efface, oĂč le sentier disparaĂźt sous les ronces, oĂč trois touristes reviennent au village par le mauvais versant avec l’air de gens qui viennent de nĂ©gocier avec la gĂ©ographie.

À ce moment-lĂ , on redĂ©couvre soudain que le service existait.

🐕 Marcher est gratuit, rñler aussi, mais baliser demande du monde

Il ne s’agit pas de transformer chaque randonneur en mĂ©cĂšne du GR. Il ne s’agit pas non plus de mettre un pĂ©age Ă  l’entrĂ©e des forĂȘts, avec tarif rĂ©duit pour les enfants et supplĂ©ment pour les chiens qui tirent sur la laisse.

Mais l’appel de la FFRandonnĂ©e souligne une rĂ©alitĂ© simple : si tout le monde profite d’un rĂ©seau, quelqu’un doit bien aider Ă  l’entretenir.

Dans le Haut-Doubs, on connaĂźt la valeur des chemins. Ils relient les villages, les fermes, les crĂȘtes, les pĂątures, les points de vue et parfois les souvenirs. Ils servent aux sportifs, aux promeneurs, aux touristes, aux habitants, aux familles, aux clubs, aux retraitĂ©s, aux scolaires, aux contemplatifs et aux gens qui “ne voulaient pas faire trop long” mais ont oubliĂ© que le retour compte aussi.

Ils font partie du paysage. Et comme souvent avec ce qui fait partie du paysage, on oublie qu’il faut des mains pour le maintenir.

La randonnĂ©e restera sans doute l’un des loisirs les plus accessibles de France. Mais accessible ne veut pas dire automatique. Un chemin, ce n’est pas seulement une trace au sol. C’est une promesse : vous pouvez passer par lĂ , vous devriez revenir vivant, et avec un peu de chance, vous aurez encore assez de batterie pour publier la photo.

C’est dĂ©jĂ  beaucoup.

Surtout pour les Parisiens coincés entre deux sapins.

Paul Emique
Statut OR : RĂ©dac chef 📰

đŸ· Le dĂ©bat se poursuit dans Le Comptoir de L’Ouest RĂ©publicain, le groupe de discussion rattachĂ© Ă  la page, et modĂ©rĂ© par GisĂšle.

🔗 D’autres rebondissements, rĂ©vĂ©lations ou photos floues Ă  propos de ce sujet vous attendent sur nos rĂ©seaux :

🔗 Des mots vous semblent obscurs dans cet article ? Vous ĂȘtes probablement des gens du Doubs-Du-Bas, ou de la France-Du-Bas. Pas de panique : on vous aime quand-mĂȘme, mais on vous suggĂšre fortement de jeter un Ɠil Ă  notre glossaire.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *