Il y a des moments où la communication de crise devient un objet d’étude à part entière. Le Tunnel sous la Manche, bloqué, désorganisé, saturé, en a récemment offert un exemple presque pédagogique : communiqués rassurants, langage feutré, éléments de langage soigneusement polis… pendant que, sur le terrain, ça toussait sévèrement.
Dans le Haut-Doubs, on a lu ça avec un intérêt poli. Ici, on connaît bien la différence entre “situation maîtrisée” et “on fait comme on peut”.
 Dans cet article
🗞️ « La situation est sous contrôle », traduction simultanée
Selon la communication officielle, tout était anticipé, encadré, traité avec professionnalisme. Des mots choisis, des phrases longues, des adjectifs rassurants.
Un peu comme quand on annonce que la RN57 est « praticable avec équipements spéciaux », ce qui signifie en réalité : bon chance.

Dans le Haut-Doubs, cette langue-là est connue. C’est celle qui permet d’expliquer qu’un train supprimé n’est pas annulé mais “reprogrammé dans un calendrier ultérieur”. Ou qu’un bus qui ne passe pas n’est pas en panne, mais “impacté par un aléa météorologique persistant”.
❄️ La crise, version terrain
Pendant que la communication parlait de protocoles, les usagers, eux, parlaient d’attente. Longue. Très longue.
Et là -dessus, les Doubistes ont une certaine expertise. Ils savent que quand une institution explique calmement que “tout est pris en charge”, c’est généralement le moment où il faut sortir le thermos et prévenir quelqu’un qu’on ne rentrera pas pour le déjeuner.
Gérard Poncet, retraité pragmatique et moustache réglementaire, résume la situation à sa manière :
« Quand on te dit que c’est sous contrôle, c’est que plus personne ne sait où est le volant du C15. »
đź§ La communication de crise, sport national
La communication de crise obéit à des règles simples :
- rassurer,
- ne jamais reconnaître une perte de contrôle,
- gagner du temps,
- surtout, ne pas employer le mot “bordel”.
Dans le Haut-Doubs, on applique la même méthode à petite échelle. Quand le chasse-neige est en retard, la mairie explique qu’il “optimise son parcours”. Quand l’électricité saute, on parle d’une “micro-coupure”. Et quand le train ne passe plus, on annonce une “adaptation temporaire du plan de transport”.
Le Tunnel sous la Manche n’a donc fait que jouer dans une division supérieure.
« C’est le bazar, mais on gère. »
Proverbe du Haut-Doubs
đź§Š Comparaison locale : RN57, mĂŞme combat
La lecture des communiqués a provoqué un sentiment de familiarité chez de nombreux lecteurs de L’Ouest Républicain.
Ce même ton déjà entendu quand un poids lourd se couche sur la RN57, que la neige tombe, que tout s’arrête, mais que les mots, eux, continuent d’avancer.
Ici, on sait qu’il existe trois niveaux de communication :
- Tout va bien
- Tout est sous contrĂ´le
- Nous vous tiendrons informés
À partir du niveau 3, plus personne n’est dupe.
📡 Le déni comme outil stratégique
Ce qui frappe dans cette séquence, ce n’est pas tant la panne que le décalage. Le décalage entre la parole officielle et le vécu réel. Entre la crise telle qu’elle est racontée et la crise telle qu’elle est subie.
Dans le Haut-Doubs, on appelle ça “faire semblant que ça passe”. C’est une compétence locale : continuer à sourire pendant que la voiture patine, expliquer que la route est dégagée alors qu’elle est juste blanche différemment.
La communication de crise ne vise pas à informer, mais à tenir jusqu’à ce que ça se calme. Peu importe comment.
🧤 Le public n’est pas dupe (mais il écoute quand même)
Fait notable : malgré tout, les gens continuent de lire les communiqués. Non pas pour y croire, mais pour y chercher des indices.
- Un mot en trop.
- Un adverbe suspect.
- Un “globalement” qui sent la tempête.
Dans le Haut-Doubs, on lit les communiqués comme on regarde le ciel : on sait qu’on ne nous dira pas tout, mais on essaie quand même d’anticiper.
🧠Conclusion : crise nationale, réflexe local
Le Tunnel sous la Manche a rappelé une vérité universelle : quand une organisation explique très longuement que tout est maîtrisé, c’est rarement bon signe.
Dans le Haut-Doubs, on a depuis longtemps une méthode plus honnête : on dit que ça va être compliqué, on sort les gants, et on s’organise.
La communication de crise peut bien continuer à lisser les angles. Ici, on préfère encore une phrase simple :
« C’est le bazar, mais on gère. »
Et étrangement, ça rassure beaucoup plus.

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