Il existe, en théorie, des objets dont la vie est officiellement terminée. Et puis il existe les skis.
Dans le Haut-Doubs, une paire de skis ne meurt pas. Elle hiberne. Parfois longtemps. Très longtemps. Mais pas assez pour subir le recyclage des skis Debout derrière une armoire, sous un escalier, dans un garage non isolé ou coincé entre une luge cassée et une tondeuse hors d’âge. On ne s’en sert plus, certes, mais on ne sait jamais. Et surtout, on ne jette pas.
C’est pourtant l’objectif affiché de la campagne nationale La Grande Récup’ Montagne, pilotée par Ecologic, éco-organisme agréé par l’État, chargé de collecter et recycler les équipements de sport et de loisirs en fin de vie. Skis alpins, skis de fond, raquettes, bâtons, snowboards : tout ce qui ne glisse plus vraiment est invité à entrer dans une nouvelle existence, plus circulaire, plus vertueuse, plus durable.
Sur le papier, le raisonnement est impeccable. Dans le Haut-Doubs, il se heurte à une force invisible mais redoutable : le “on sait jamais”.
Dans cet article
❄️ L’écologie face à la mémoire des hivers
Ici, un ski n’est pas un simple assemblage de métal, de plastique et de fibres composites. C’est un outil de précaution climatique. Une assurance silencieuse contre les hivers capricieux, les retours de neige tardifs et les épisodes “exceptionnels mais finalement assez classiques”.
Donner ses skis trop tôt, c’est prendre un risque.
- Celui d’un mois d’avril trop blanc.
- Celui d’un hiver annoncé doux mais brutalement vexant.
- Celui, pire encore, de devoir racheter du matériel neuf “juste pour deux sorties”.
Dans le Haut-Doubs, l’empreinte carbone se calcule parfois en regrets évités.
🏔️ Le réemploi, oui… mais plus tard
Le discours écologique parle de seconde vie. Le Haut-Doubs, lui, parle de vie prolongée sans date limite.
Un ski usé n’est jamais totalement inutilisable. Il est :
- encore bon “quand il n’y a pas trop de relief”,
- parfait “pour les jours sans trace”,
- idéal “pour quelqu’un qui débute, mais tranquille”,
- ou “juste au cas où”.
Résultat : le moment du don est sans cesse repoussé. Non par rejet de l’écologie, mais par prudence empirique. Car ici, la neige a déjà menti trop souvent pour qu’on lui fasse confiance.
♻️ Recyclé, mais pas complètement oublié
Certains franchissent tout de même le pas. Ils déposent leurs skis au point de collecte. Ils font un geste pour la planète. Ils repartent plus légers. Mais rarement sans une pensée en suspens :
“Et s’il reneige fort l’an prochain ?”
Dans les conversations locales, une idée revient : le recyclage, oui… mais réversible. Un statut intermédiaire, non reconnu officiellement, mais bien réel dans les esprits :
- ski recyclé mais regretté,
- ski donné mais surveillé de loin,
- ski absent mais encore présent mentalement.

📊La Grande Récup’ Montagne en chiffres
- 270 tonnes de matériel de glisse collectées dans les massifs français en 2025
- 83 points de dépôt éphémères validés pour l’opération
- 76 points actifs
- 3,55 tonnes collectées en moyenne par point
- Objectif 2026 : développement du réseau et renforcement du réemploi local dans une logique d’économie circulaire
🌲 Une écologie qui doit composer avec le terrain
La réussite de La Grande Récup’ Montagne ne fait aucun doute. Mais dans le Haut-Doubs, elle rappelle surtout une réalité simple : l’écologie ne se heurte pas à l’hostilité, mais à l’expérience.
Ici, avant de jeter un ski, on regarde le ciel. Et tant que le ciel reste capable de surprendre, le doute continuera de l’emporter sur la benne.

Retrouvez
♻️ Recyclage des skis : l’écologie face au “on sait jamais” du Haut-Doubs
sur nos réseaux
🍷 Le débat se poursuit dans Le Comptoir de L’Ouest Républicain, le groupe de discussion rattaché à la page.
🔗 D’autres rebondissements, révélations ou photos floues à propos de ce sujet vous attendent sur nos réseaux :
🔗 Des mots vous semblent obscurs dans cet article ? Vous êtes probablement des gens du Doubs-Du-Bas, ou de la France-Du-Bas. Pas de panique : on vous aime quand-même, mais on vous suggère fortement de jeter un œil à notre glossaire.
